Être SDF en Suède

Je me trouve ce soir dans une situation étrange, originale et qui m’a demandé une certaine dose de sang-froid. Je suis à la rue. Plus précisément, à mon bureau, mais je dirais presque que c’est une chance.

Ce qui s’est passé est fort simple : tandis que passées dix-sept heures de l’après-midi je faisais passer le temps en attendant le retour de Ludo, car je pensais que ayant les clefs de l’appartement il se ferait une joie de me faire subir l’épreuve que je lui ai imposée la veille, lui faisait de même, car il avait rapporté mes clefs au bureau de Bromma le matin pendant ma visite à KTH à Kista. C’est ainsi que lorsqu’ il m’a appelé à vingt-trois heures pour me demander si j’allais rentrer avant minuit, je pensais innocemment qu’il était en train de m’attendre à l’appartement.

Et là, c’est l’accident ; c’est le drame. À minuit passées, j’arrive en bas de mon immeuble pour trouver porte close, sans clefs et, première malchance, sans plus de forfait pour appeler Ludo. Toujours avec mon idée qu’il était en train de m’attendre, je décide de prendre mon mal en patience et attendre qu’il soit suffisamment curieux de mon sort pour me rappeler. Mauvais choix… Tandis que l’heure s’écoule (contexte : il neige, je suis dehors), le dernier métro passe…

C’est là où une idée lumineuse me vint à l’esprit : ressortir la carte de télephone Bouygues que je gardais précieusement pour mon retour probable en France. Normalement, je ne l’utilise pas, car les communications suédoises via Bouygues sont hors de prix. Mais cas de force majeure… Et nouveau drame, bien entendu, Ludo n’a pas les clefs non plus, les ayant laissées au bureau (contexte : je suis intimement persuadé ne pas les avoir vues du tout pendant la journée). Il était en train de m’attendre à l’intérieur de l’immeuble devant l’appartement. Évidemment, il avait aussi l’air contrarié au téléphone.

De là, une alternative : ou bien dormir dehors ou bien tenter de trouver ces clefs. Inutile d’égrener ici les tentatives (ratées) de rentrer en contact avec Kemel pour le déplacement. Me voilà téléphonant en France pour trouver un numéro de télephone suédois pour appeler un taxi… Que je croise finalement en marchant dans mon quartier, et qui me ramène au bureau. Le conducteur a éte gentil et compréhensif, ce qui a eu l’effet agréable de supprimer le début de stress qui commençait à pointer.

Arrivée au bureau. Pas de clefs (je m’en doutais). Re-téléphone à Ludo, pour demander plus de détails, il n’en a pas (je m’en doutais aussi). En fait très probablement dans la matinée, avant mon retour de Kista, quelqu’un aura eu la délicate intention de “ranger” ces clefs qui traînaient sur un bureau (contexte : je n’ai pas de bureau dédié, j’utilise un bureau commun). Je fouille, sans résultat (prévisible, c’est un véritable capharnaüm).

C’est ainsi que me voilà contraint à dormir au bureau, et Ludo dans la cage d’escalier de mon immeuble pour ne pas avoir voulu m’accompagner. C’est triste (mais ça pourrait être pire, au moins je suis au chaud).

Et je plains celui qui souffrira mon ire demain lorsque j’apprendrai qu’il m’a, même involontairement et indirectement, empêché de dormir confortablement.